Vulnérable et leader, est-ce possible?

Comme vous le savez sans doute, le 8 mars dernier était la Journée Internationale de la Femme. Pendant cette journée, on voit une tonne de publication passer qui parle de la femme forte, de la “superwoman”, de la “power woman”  ou du “girl power”. Bref, plusieurs de ces parutions font référence au fait que la femme, elle aussi, peut être forte et détentrice de ces caractéristiques dites “masculines”.

Lors de cette journée, à force de voir passer cette multitude de publications en lien avec la force féminine, je n’ai pu m’empêcher de penser à ce que j’admirais chez une ou un leader. Qu’est-ce qui fait en sorte que j’admire quelqu’un, que je considère quelqu’un comme un modèle de réussite?

En y réfléchissant, malgré le fait que j’aime bien l’image de la femme forte et déterminée, j’ai constaté que ce n’était pas les premières caractéristiques qui me venaient en tête lorsque je pensais à un leader inspirant. Même si ce sont indéniablement des caractéristiques importantes et dont nous devons nous servir de temps à autre, il serait dommage d’associer la force à une caractéristique purement masculine, car la force réside aussi en le fait de mettre en pratique des caractéristiques dites “féminine” comme la vulnérabilité et l’authenticité.

Je me rends compte que plus j’avance en âge, plus mon admiration envers les leaders, que ce soit des leaders féminins ou masculins, réside en le fait qu’ils sont capables de montrer leur vulnérabilité et leur authenticité. Je pense sincèrement que le monde des affaires gagnerait à ajouter de la féminité dans le leadership.

Ce qui est beau d’un leader, ce n’est pas l’image d’une personne forte et inébranlable qui fonce coûte que coûte, mais plutôt un individu qui nous permet de voir l’humain derrière le leader. Il ne faut pas l’oublier, un leader c’est aussi un être humain et les êtres humains ont des émotions, et comme tout le monde, le leader a, lui aussi, des bonnes et de moins bonnes journées !

Moi, c’est ça que je trouve beau. C’est de voir que le leader est un être humain tout comme moi et que malgré les difficultés, malgré les échecs, il se relève. Je pense sincèrement que c’est notre vulnérabilité et notre authenticité qui nous lient les uns aux autres et qui nous permettent de créer des liens. Qui veut d’un leader qui semble ne jamais faire d’erreur? Qui vaut d’un leader qui semble parfait et qui nous fait donc sentir inférieur?

J’ai moi-même été gestionnaire. À un certain moment, du jour au lendemain, je me suis retrouvée avec une équipe d’une douzaine de personnes. C’était non seulement ma première expérience en tant que gestionnaire, mais en plus, j’occupais un rôle qui n’existait pas au sein de l’entreprise avant ma nomination. Je devais donc non seulement bâtir de zéro ma nouvelle fonction et mon plan de match, mais je devais également, parallèlement, apprendre à gérer des êtres humains. Vous devez certainement vous douter que j’avais énormément de pression sur les épaules et que je vivais beaucoup de stress.

Un jour, lors d’une rencontre, je n’ai pas réussi à bien faire mon travail d’humain et j’ai mal géré mon stress. Résultat? C’est une employée qui en a subi les conséquences. Étant moi-même humaine, et imparfaite, je n’ai pas été en mesure, à cet instant précis, de contenir mon stress et je me suis mise à lever le ton envers une employée. Alors que la scène se passait, je savais, à l’intérieur de moi, que ce n’était pas “correct”. Je savais que les émotions négatives avaient eu raison de moi et avaient pris le dessus.

J’aurais très bien pu passer outre cet événement, vaquer à mes occupations et faire comme si rien ne s’était passé pour montrer que je suis forte et en contrôle. Après tout, c’était moi le patron, n’est-ce pas? Toutefois, ce n’est pas ce que j’ai fait, car ce n’était pas ça, pour moi, la vision d’un bon gestionnaire et d’un bon leader.

À peine quelques minutes après le fâcheux incident, j’ai demandé à l’employée de venir à nouveau dans mon bureau. C’est évidemment à contrecœur que cette personne a acquiescé à ma demande. Le regard encore effrayé, l’employée entra dans la salle, sans dire un mot. Sans hésiter, j’ai montré ma vulnérabilité et je me suis excusée auprès de mon employée quant à ma réaction. Je lui ai expliqué que je vivais des moments de stress et que j’avais mal géré la situation de mon côté et qu’elle n’avait pas à en être le bouc émissaire.

C’est alors que le regard effrayé de l’employée fut place à un regard de compassion et, sans aucune autre intervention, la situation se désamorça d’elle-même. C’est comme si, d’humain à humain, on venait de se comprendre.

Accueillir les caractéristiques féminines du leadership, c’est permettre de reconnaître que nous sommes humains et que nous avons des émotions. C’est faire place à notre intuition, à l’empathie, au bien-être de soi et des autres. Dans cette ère technologique, c’est humaniser le monde des affaires plutôt que de le robotiser.

Alors voilà. Je dis oui au “girl power” et aux “power woman”, mais je dis aussi oui à ma vulnérabilité et à mon authenticité.